ZOMBIE ZOMBIE

«J’ai toujours envisagé les zombies comme une forme de révolution, avec une génération dévorant la suivante.»
George Romero

 

 

- spectacle mort vivant sur nos rapports au smartphone -

 

 
Une création de la Cie Gérard Gérard
 
direction artistique : Alexandre Moisescot
écriture et interprétation : Nicolas Beduneau, Alexandre Moisescot, Claire Schumm & Aurelia Tastet
poète invité : Jonn Toad (Casse Gueule)
regards extérieurs invités : Olivier de Sagazan et Jacques Livchine
conception outils technologiques : Johan Lescure
régie et assistanat à la mise-en-scène : Ulysse Penincq
régie vidéo : Sébastien Jamain
accessoires et effets gore : Yves Mauffrey
masques et costumes : Emilie Poirier  


Zombie Zombie est un spectacle drôlement étrange qui prend la forme d’un récit initiatique et métaphysique. Réinventant l’esthétique et les codes de la figure du Zombie, il questionne avec humour et décalage notre rapport aux smartphones et aux internets. Une création où le public ne doit surtout pas éteindre son téléphone mais finira par en avoir peur !

LE DOSSIER DU SPECTACLE : ICI

 

 

 

Un conte initiatique et métaphysique autour de notre rapport aux smartphones

    La Compagnie Gérard Gérard a maintes fois joué les morts dans ses créations aussi bien théâtrales que cinématographiques (Les Fantoches, Sans Déconner, Visions, La Maison des Morts...). Les fantômes, les revenants, les morts-vivants, les morts-tout-court font partie de nos galeries de personnages et la thématique nous est chère.

    Pour ce spectacle, tout commença par une commande du Festival du Livre (Mort) Vivant, qui nous a permis de produire dans l’urgence une adaptation du livre de Vincent Villeminot : Ma Famille normale contre les zombies. S’en est suivie une série de crash-tests, une session de 5 dates d’essai aussi bien en rue, qu’en salle, dans des théâtres ou des bibliothèques.

    Nous ne nous Zattendions pas à ce que les spectateurs de ce festival Jeune Public se pressent à ce point à nos représentations. Tout le monde voulait voir les Zombies, voulait voir ce spectacle pas gentil, un peu sale, au propos et à l’humour corrosifs. Cette première étape nous a donné envie d’aller plus loin, tant sur la forme que sur le fond.

    Lorsque nous avons produit les spectacles Tempête et SurMâle(S, puis la série théâtrale Entropie, nous nous sommes mis à étudier l’impact des nouvelles technologies sur nos sociétés et leur conséquences imaginaires dans un futur proche, nous rapprochant de traitements scenaristiques semblables à ceux de la série anglaise Black Mirror. C’est ce questionnement que nous avons voulu prolonger dans ce nouveau spectacle.

    Au niveau de la forme, nous avons voulu nous distinguer radicalement de l’esthétique du zombie occidental promue par Hollywood ou de spectacles typés «Halloween» à l’américaine. Nous avons plutôt étudié l’origine du zombie béninois et haïtien pour chercher à comprendre le fondement de cette figure, fort logiquement toujours plus à la mode. Peu à peu, nous nous sommes mis à nous rapprocher scéniquement du travail d’autres artistes tels qu’Olivier de Sagazan ou Romeo Castellucci.

    Après une semaine d’écriture à Artcena (ancien Centre National du Théâtre), notre trame scénaristique s’est dévoilée d’elle-même. Au fil des images et des situations qui nous venaient, nous nous sommes rendus à l’évidence : l’humanité entière est en train de muter. L’être humain vit un profond changement dans son rapport à lui-même, aux autres, à son corps, au réel par le prisme des internets et des smartphones. Et si nous étions bien en train de nous zombifier ? Imaginons un peu le futur.
 


    Les zombies, les rôdeurs, les affamés, ces corps sans âmes en mouvement, sont entrés depuis un certains temps déjà dans un coin du mental de tous ceux qui sont, de près où de loin, atteints par la pop culture. Depuis leurs origines vaudoues (où il s’agit au départ de personnes coupables de méfaits, condamnées par la loi magico-religieuse de l’île d’Haïti aux travaux forcés, privées de conscience par le pouvoir d’une poudre mystérieuse, après avoir été mises en terre puis ressorties) aux apocalypses zombie (où ils deviennent la nouvelle espèce dominante) ils n’ont cessé de nourrir l’imaginaire populaire autant que l’underground. A un point tel qu’une agence gouvernementale américaine de santé et de sécurité a publié en 2011 une campagne de sensibilisation expliquant comment se comporter en cas d’invasion zombie. Et l’association « Zombi Squad », bien réelle,  continue de former les gens internationalement à la résistance et à la survie dans de telles situations.

    On trouve des traces de la notion de mort vivant dans certains écrits bibliques, comme celui de squelettes réanimés dans le livre d’Ezéchiel, ou dans la dépouille de Lazare que Jésus ramène à la vie. Plus tard, au Moyen Âge, se développa la mode d’un retour de morts-vivants avec le thème des danses macabres, faisant suite aux désastres des famines et des pestes.

    Le mot « Zombi » apparait pour la première fois en 1697 dans un roman français titré Le Zombi du Grand Pérou ou la Comtesse de Cocagne. Il est une dérivation du mot haïtien « Enzombi » signifiant la face cachée de dieu. Historiquement le mythe du zombi vaudou aurait été créé par les anciens esclaves de l’île devenus eux mêmes capable de créer des esclaves (pour punir et exploiter ceux qu’ils jugeaient infâmes).

    La création, dans le monde occidental, du phénomène remonte à 1928 avec la publication d’un ouvrage de William Seabrook, L’île Magique, explorant les thèmes de la magie vaudoue haïtienne. L’ouvrage fut adapté à Broadway en 1932 puis porté à l’écran sous le titre White Zombie, dans la foulée d’autres films fantastiques tels Dracula, Frankeinstein et Dr Jekyll, joués par Bela Lugosi, la vedette du genre à l’époque. Beaucoup d’autres films suivront, et bien qu’édulcoré, cette figure d’esclave représente le travailleur de base, corvéable à merci,  que le capitalisme rêve sans âme, sans conscience, sans pensée, sans syndicat, nécessaire aux rouages de la société. Le zombie  devient, sans le savoir,  le miroir déformant de la lutte sociale. Il est aussi  ceux que l’on oublie, les vieux, les prisonniers, les pauvres, ceux que l’on cache, ceux qui n’ont pas voix au chapitre, ceux à qui l’on ne demande pas leur avis : il est le mort social et la figure de l’oppressé.